<?xml version="1.0" encoding="utf-8"?><feed xmlns="http://www.w3.org/2005/Atom" xml:lang="fr"><generator uri="https://jekyllrb.com/" version="3.4.3">Jekyll</generator><link href="http://marat.john-coene.com/feed.xml" rel="self" type="application/atom+xml" /><link href="http://marat.john-coene.com/" rel="alternate" type="text/html" hreflang="fr" /><updated>2018-06-16T20:56:19+00:00</updated><id>http://marat.john-coene.com/</id><title type="html">L’Ami du peuple</title><subtitle>Journal politique impartial, &lt;br&gt; Par Mr. P. Marat auteur de l'Offrande a la patrie, &lt;br&gt; du Moniteur et du Plan de Constitution, etc.
</subtitle><author><name>Jean-Paul Marat</name></author><entry><title type="html">Protestation contre la loi martiale</title><link href="http://marat.john-coene.com/liberty/1793/03/21/loi-maritale.html" rel="alternate" type="text/html" title="Protestation contre la loi martiale" /><published>1793-03-21T00:00:00+00:00</published><updated>1793-03-21T00:00:00+00:00</updated><id>http://marat.john-coene.com/liberty/1793/03/21/loi-maritale</id><content type="html" xml:base="http://marat.john-coene.com/liberty/1793/03/21/loi-maritale.html">&lt;p&gt;Non, il n’est point de malheurs qu’on n’ait sujet d’attendre de ce funeste décret ; point d’attentats dont il ne soit la source.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;En ordonnant aux troupes de marcher contre les citoyens assemblés, il anéantit la nation, qui n’existe que par la réunion des individus. En sévissant contre les officiers et les soldats qui refuseront d’opprimer leurs pères, il divise les citoyens, il les oppose les uns aux autres ; et les met aux prises pour s’entr’égorger.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Quelle furie infernale a donc répandu sur les représentants de la commune son souffle empoisonné ? Insensés ! croyez-vous que c’est un bout de toile rouge qui vous mettra à couvert des effets de l’indignation publique ? croyez-vous que ce soit quelques satellites dévoués qui vous défendront de la juste fureur de vos concitoyens ? Le peuple ne se vend jamais, et l’armée ne se vendra plus. Soudoyée par le prince elle s’est donnée à la nation ; soudoyée par la municipalité, elle se donnera au peuple. C’est le voeu de la raison, c’est le fruit des lumières. Ces menées ne frappent encore que les yeux exercés du philosophe ; mais bientôt elles frapperont ceux de la multitude. Déjà elle sent la dureté de votre joug ; déjà elle vous accuse de ses malheurs ; et si elle vient à vous surprendre en faute, elle s’abandonnera à son désespoir, et c’en est fait de vous pour toujours. Souvenez-vous des décemvirs ; leur règne fut de courte durée ; le vôtre sera de plus courte durée encore : vous avez imité leur conduite criminelle, je vous prédis la même fin.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Les citoyens timides, les hommes qui aiment leur repos, les heureux du siècle, les sangsues de l’Etat et tous les fripons qui vivent des abus publics ne redoutent rien tant que les émeutes populaires ; elles tendent à détruire leur bonheur en amenant un nouvel ordre de choses. Aussi s’élèvent-ils sans cesse contre les écrits énergiques, les discours véhéments, en un mot contre tout ce qui peut faire vivement sentir au peuple sa misère et le rappeler à ses droits.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;C’est la morale des hommes constitués en dignité et en puissance. Au milieu des abus de l’autorité et des horreurs de la tyrannie, ils ne parlent que d’apaiser le peuple, ils ne travaillent qu’à l’empêcher de se livrer à sa juste fureur.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Ils ont pour cela de puissantes raisons, et, de plus, un prétexte bien propre à faire impression sur les hommes bornés, mais qui n’en impose pas aux hommes instruits ; je parle des scènes tragiques dont les insurrections sont presque toujours accompagnées.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Quelle que soit la terreur qui remplit leur âme, et qu’ils cherchent à faire passer dans celle des autres, voici quelques réflexions qui contribueront à rassurer les esprits judicieux.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;D’abord, le peuple ne se soulève que lorsqu’il est poussé au désespoir par la tyranie. Que de maux ne souffre-t-il pas avant de se venger ! Et sa vengeance est toujours juste dans son principe, quoiqu’elle ne soit pas toujours éclairée dans ses effets, au lieu que l’oppression qu’il endure n’a sa source que dans les passions criminelles de ses tyrans.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Et puis, est-il quelque comparaison à faire entre un petit nombre de victimes que le peuple immole à la justice dans une insurrection, et la foule inommbrable de sujets qu’un despote réduit à la misère, ou qu’il sacrifie à sa cupidité, à sa gloire, à ses caprices ! Que sont quelques gouttes de sang que la populace fait couler, dans la révolution actuelle, pour recouvrer sa liberté, auprès des torrents qu’en ont versé un Tibère, un Néron, un Caligula, un Caracalla, un Commode ; auprès des torrents que la frénésie mystique d’un Charles IX en a fait répandre ; auprès des torrents qu’en a fait répandre la coupable ambition de Louis XIV ? Que sont quelques maisons pillés en un seul jour par la populace, auprès des concussions que la nation entière a éprouvées pendant quinze siècles sous les trois races de nos rois ? Que sont quelques individus ruinés, auprès d’un milliard d’hommes dépoulles par les traitants, par les vampires, les dilapidateurs publics ?&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Mettons de côté tout préjugé et voyons.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;La philosopbie a préparé, commencé, favorisé la révolution actuelle ; cela est incontestable ; mais les écrits ne suffisent pas, il faut des actions. Or, à quoi devons nous la liberté, qu’aux émeutes populaires ?&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;C’est une émeute populaire, formée au Palais-Royal, qui a commencé la défection de l’armée et transformé en citoyens deux cent mille hommes dont l’autorité avait fait des satelites. Et dont elle voulait faire des assasins.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;C’est une émeute populaire, formée aux Champs-Elysées, qui a éveillé l’insurrection de la nation entière ; c’est elle qui a fait tomber la Bastille, conservé l’Assemblée nationale, fait avorter la conjuration , prévenue le sac de Paris, empêché que le feu ne l’ait réduit en cendres et que ses habitants n’aient été noyés dans le sang.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;C’est une émeute populaire, formée au marché Neuf à la halle, qui a fait avorter la seconde conjuration, qui a empêché la fuite de la maison royale et prévenu les guerres civiles qui en auraient été les suites trop certaines.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Ce sont ces émeutes qui ont subjugué la faction aristo- cratique des Etats Généraux, contre laquelle avaient échoué les armes de la philosophie et l’autorité du monarque ; ce sont elles qui l’ont appelé, par la terreur, au devoir, qui l’ont amené à se réunir au partie patriotique et à concourir avec lui pour sauver l’Etat.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Suivez les travaux de l’Assemblée nationale, et vous trouverez qu’elle n’est entrée en activité qu’à la suite de quelque émeute populaire, qu’elle n’a décrété de bonnes lois qu’à la suite de quelque émeute populaire, et que dans des temps de calme et de sécurité cette faction odieuse n’a jamais manqué de se relever pour mettre des entraves à la Constitution ou faire passer des décrets funestes.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;C’est donc aux émeutes que nous devons tout, et la chute de nos tyrans, et celle de leurs favoris, de leurs créatures, de leurs satellites, et l’abaissement des grands, et l’élévation des petits, et le retour de la liberté, et les bonnes lois qui la maintiendront en assurant notre repos et notre bonheur.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;La loi martiale qui proscrit les attoupements n’a donc été proposé que par un ennemi du bien public ; elle n’a été arachée que par des traitres à la patrie, et elle n’a été accordée que par des suppôts de la tyrannie. Qu’ils agréent ces qualifications s’ils n’aiment mieux recevoir celle d’imbéciles.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Les ennemis qui me persécutent peuvent me faire un crime d’une pareille doctrine ; mais je la prêche par devoir, par l’ordre impérieux de ma conscience, et je ne la déguiserai point dussé-je porter ma tête sur un échafaud.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Les coeurs sensibles ! ils ne voient que l’infortune de quelques individus, victimes d’une émeute passagère ; ils ne compatissent qu’au supplice mérité de quelques scélérats ! Je ne vois que les malheurs, les calamités, les désastres d’une grande nation livrée à ses tyrans, enchaînée, pillée, vexée, foulée, opprimée, massacrée pendant des siècles entiers. Qui, d’eux ou de moi, a eu le plus de raison, d’humanité, de patriotisme ? Ils s’efforcent d’endormir le peuple, je m’efforce de le réveiller ; ils lui donnent de l’opium, je lui verse de l’eau forte dans ses blessures, et j’en verserai jusqu’à ce qu’il soit pleinement rentré dans ses droits, jusqu’a ce qu’il soit libre et heureux.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N’avoir point de vues personnelles et proposer une loi martiale contre les attroupements, c’est singer les Anglais, et le comte de Mirabeau n’est pas homme à cela. Quoi qu’il en soit, nous lui devons quelques observations.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Une loi martiale contre les attroupements est bonne, excellente, admirable, lorsque la Constitution consacrée est juste et sage, nous allions dire parfaite, et que les dépositions de l`autorité se renferment dans le devoir ; alors elle empêche que des esprits inquiets et brouillons ne soulèvent le peuple pour tout bouleverser, et elle devient le plus ferme rempart de la liberté, du bonheur.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Mais lorsqu’une nation travaille à rompre ses fers, lorsqu’elle se débat contre les ennemis publics qui remplissent tous les départements, et cherchent à la livrer à l’anarchie ou à la re- plonger dans la servitude pour la tyranniser à leur gré, une loi martiale devient un mur d’airain élevé autour de l’abîme où elle est plongée.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;O Mirabeau ! quand tu n’aurais fait que ce mal à la France, ton nom devrait être en horreur aux bons citoyens, et quand Robespierre n’aurait d’autre titre à la reconnaissance publique que de s’y être opposé, son nom lui sera toujours cher.&lt;/p&gt;</content><author><name>Jean-Paul Marat</name></author><category term="liberty" /><summary type="html">Non, il n’est point de malheurs qu’on n’ait sujet d’attendre de ce funeste décret ; point d’attentats dont il ne soit la source.</summary></entry><entry><title type="html">Evolution du journal</title><link href="http://marat.john-coene.com/1793/03/19/journal-evolution.html" rel="alternate" type="text/html" title="Evolution du journal" /><published>1793-03-19T00:00:00+00:00</published><updated>1793-03-19T00:00:00+00:00</updated><id>http://marat.john-coene.com/1793/03/19/journal-evolution</id><content type="html" xml:base="http://marat.john-coene.com/1793/03/19/journal-evolution.html">&lt;p&gt;At the outbreak of the Revolution, wearied by the persecutions that I had experienced for so long a time at the hands of the Academy of Sciences, I eagerly embraced the occasion that presented itself of defeating my oppressors and attaining my proper position. I came to the Revolution with my ideas already formed, and I was so familiar with the principles of high politics that they had become commonplaces for me. Having had greater confidence in the mock patriots of the Constituent Assembly than they deserved, I was surprised at their pettiness, their lack of virtue. Believing that they needed light, I entered into correspondence with the most famous deputies, notably with Chapelier, Mirabeau, and Barnave. Their stubborn silence on all my letters soon proved to me that though they needed light, they cared little to be enlightened. I adopted the course of publishing my ideas by means of the press. I founded the Ami du Peuple. I began it with a severe but honest tone, that of a man who wishes to tell the truth without breaking the conventions of society. I maintained that tone for two whole months. Disappointed in finding that it did not produce the entire effect that I had expected, and indignant that the boldness of the unfaithful representatives of the people and of the lying public officials was steadily increasing, I felt that it was necessary to renounce moderation and to substitute satire and irony for simple censure. The bitterness of the satire increased with the number of mismanagements, the iniquity of their projects and the public misfortunes. Strongly convinced of the absolute perversity of the supporters of the old regime and the enemies of liberty, I felt that nothing could be obtained from them except by force. Revolted by their attempts, by their ever-recurrent plots, I realized that no end would be put to these except by exterminating the ones guilty of them. Outraged at seeing the representatives of the nation in league with its deadliest enemies and the laws serving only to tyrannize over the innocent whom they ought to have protected, I recalled to the sovereign people that since they had nothing more to expect from their representatives, it behooved them to mete out justice for themselves. This was done several times.&lt;/p&gt;</content><author><name>Jean-Paul Marat</name></author><summary type="html">At the outbreak of the Revolution, wearied by the persecutions that I had experienced for so long a time at the hands of the Academy of Sciences, I eagerly embraced the occasion that presented itself of defeating my oppressors and attaining my proper position. I came to the Revolution with my ideas already formed, and I was so familiar with the principles of high politics that they had become commonplaces for me. Having had greater confidence in the mock patriots of the Constituent Assembly than they deserved, I was surprised at their pettiness, their lack of virtue. Believing that they needed light, I entered into correspondence with the most famous deputies, notably with Chapelier, Mirabeau, and Barnave. Their stubborn silence on all my letters soon proved to me that though they needed light, they cared little to be enlightened. I adopted the course of publishing my ideas by means of the press. I founded the Ami du Peuple. I began it with a severe but honest tone, that of a man who wishes to tell the truth without breaking the conventions of society. I maintained that tone for two whole months. Disappointed in finding that it did not produce the entire effect that I had expected, and indignant that the boldness of the unfaithful representatives of the people and of the lying public officials was steadily increasing, I felt that it was necessary to renounce moderation and to substitute satire and irony for simple censure. The bitterness of the satire increased with the number of mismanagements, the iniquity of their projects and the public misfortunes. Strongly convinced of the absolute perversity of the supporters of the old regime and the enemies of liberty, I felt that nothing could be obtained from them except by force. Revolted by their attempts, by their ever-recurrent plots, I realized that no end would be put to these except by exterminating the ones guilty of them. Outraged at seeing the representatives of the nation in league with its deadliest enemies and the laws serving only to tyrannize over the innocent whom they ought to have protected, I recalled to the sovereign people that since they had nothing more to expect from their representatives, it behooved them to mete out justice for themselves. This was done several times.</summary></entry><entry><title type="html">Le gouverenment est l’ennemi du peuple</title><link href="http://marat.john-coene.com/liberty/1792/03/19/gouvernement.html" rel="alternate" type="text/html" title="Le gouverenment est l'ennemi du peuple" /><published>1792-03-19T00:00:00+00:00</published><updated>1792-03-19T00:00:00+00:00</updated><id>http://marat.john-coene.com/liberty/1792/03/19/gouvernement</id><content type="html" xml:base="http://marat.john-coene.com/liberty/1792/03/19/gouvernement.html">&lt;p&gt;Il est une vérite éternelle dont il est important de convaincre les hommes : c’est que le plus mortel ennemi que les peuples aient à redouter est le gouvernement. A la honte éternelle des princes de la terre et de leurs ministres, presque toujours les chefs qu’une nation se choisit pour assurer sa liberté ne songent qu’à lui forger des fers ; presque toujours les mains auxquelles elle a remis le soin de sa félicité ne s’occuppent qu’à consommer son malheur. Telle est l’ardeur de la soif de dominer que les hommes les mieux famés lui sacrifient jusqu’à leur réputation. Vous l’avez vu ce monstre autrefois populaire, jaloux de commander, oublier la justice, le devoir, l’honneur, presser continuellement le travail sur les impositions et le rétablissement du pouvoir exécutif, c’est-à-dire du pouvoir de la tyrannie, pousser le prince à n’accorder qu’à cette condition son consentement aux décrets de l’Assemblée nationale et à se montrer en despote. Vous les avez vus pareillement, ces hommes petits et vains que nous avons honorés de notre confiance, oublier au bout de quelques jours qu’ils dépendent de nous, s’ériger en tyranneaux, et pousser la folie jusqa’à vouloir maltraiter leur maître avant que l’Ami du peuple les remît à leur place.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;O mes concitoyens, hommes frivoles et insouciants, qui n’avez de suite ni dans vos idées, ni dans vos actions, qui n’agissez que par boutades, que pour chasser un jour avec intrépidité les ennemis de la patrie, et qui le lendemain, vous abandonnerez aveuglément à leur foi, je vous tiendrai en haleine, en dépit de votre légèreté, vous serez heureux, ou je ne serai plus.&lt;/p&gt;</content><author><name>Jean-Paul Marat</name></author><category term="liberty" /><summary type="html">Il est une vérite éternelle dont il est important de convaincre les hommes : c’est que le plus mortel ennemi que les peuples aient à redouter est le gouvernement. A la honte éternelle des princes de la terre et de leurs ministres, presque toujours les chefs qu’une nation se choisit pour assurer sa liberté ne songent qu’à lui forger des fers ; presque toujours les mains auxquelles elle a remis le soin de sa félicité ne s’occuppent qu’à consommer son malheur. Telle est l’ardeur de la soif de dominer que les hommes les mieux famés lui sacrifient jusqu’à leur réputation. Vous l’avez vu ce monstre autrefois populaire, jaloux de commander, oublier la justice, le devoir, l’honneur, presser continuellement le travail sur les impositions et le rétablissement du pouvoir exécutif, c’est-à-dire du pouvoir de la tyrannie, pousser le prince à n’accorder qu’à cette condition son consentement aux décrets de l’Assemblée nationale et à se montrer en despote. Vous les avez vus pareillement, ces hommes petits et vains que nous avons honorés de notre confiance, oublier au bout de quelques jours qu’ils dépendent de nous, s’ériger en tyranneaux, et pousser la folie jusqa’à vouloir maltraiter leur maître avant que l’Ami du peuple les remît à leur place.</summary></entry><entry><title type="html">Profession de foi de marat</title><link href="http://marat.john-coene.com/liberty/1792/01/05/profession-de-foi.html" rel="alternate" type="text/html" title="Profession de foi de marat" /><published>1792-01-05T00:00:00+00:00</published><updated>1792-01-05T00:00:00+00:00</updated><id>http://marat.john-coene.com/liberty/1792/01/05/profession-de-foi</id><content type="html" xml:base="http://marat.john-coene.com/liberty/1792/01/05/profession-de-foi.html">&lt;p&gt;On m’écrit de tous côtés que cette feuille cause beaucoup de scandale ; les ennemis de la patrie crient au blasphème ; et les citoyens timides qui n’éprouvèrent jamais ni les élans de l’amour de la liberté, ni le délire de la vertu, pâlissent à sa lecture. On convient que j’ai raison d’attaquer la faction corrompue qui domine dans l’Assemblée nationale, mais on voudrait que ce fût avec modération : c’est faire procès à un soldat de se battre en désespéré contre de perfides ennemis.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Peut-être aussi me juge-t-on avec un peu de légèreté, et sans doute on changerait d’opinion si l’on connaissait les faits. En voici qu’il est bon de ne pas oublier. Tant que j’ai cru voir dans l’Assemblée nationale des citoyens dévoués au service de l’Etat, j’ai eu pour elle le respect qu’inspirent les vertus publiques. Tant que j’ai cru voir dans l’Assemblée nationale un désir soutenu, mais peu éclairé, d’aller au bien, j’ai eu pour elle tous les égards que mérite la loyauté ; j’ai travaillé à la rappeler aux bons principes, et, crainte de diminuer la confiance des peuples, je lui ai adressé directement mon travail. Mais lorsque j’ai vu l’assemblée poursuivre avec opiniâtreté un plan d’opérations funestes, j’ai fait l’acquit de ma conscience en lui adressant publiquement mes observations. Enfin, lorsque je n’ai pu me dissimuler le dessein criminel qu’a formé la faction ennemie de sacrifier la nation au prince et le bonheur public à la cupidité d’une poignée d’ambitieux, toute espèce de considérations s’est évanouie ; je n’ai vu que le danger de la patrie, son salut est devenu ma loi suprême, et je me suis fait un devoir de répandre l’alarme, seul moyen d’empêcher la nation d’être précipitée dans l’abîme.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Au demeurant, je dois ma profession de foi à mes lecteurs ; je vais la leur faire avec la franchise d’un homme qui ne sait point dissimuler, mais je n’y reviendrai plus. Je les prie de s’en souvenir. - La vérité et la justice sont mes seules divinités sur la terre. Je ne distingue les hommes que par leurs qualités personnelles ; j’admire les talents, je respecte la sagesse, j’adore les vertus ; je ne vois dans les grandeurs humaines que les fruits du crime ou les jeux de la fortune : toujours je méprisai les idoles de la faveur, et n’encensai jamais les idoles de la puissance : de quelques titres qu’un potentat soit décoré, tant qu’il est sans mérite il est peu de chose à mes yeux, et tant qu’il est sans vertus, il n’est à mes yeux qu’un objet de dédain.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Les bons patriotes craignent que ma feuille ne soit supprimée, ce serait donc par les suppôts du despotisme : or, je les défie d’oser y toucher ; ils savent combien peu je les crains, et je ne les crois pas assez imbéciles pour se déclarer de la sorte ennemis du bien public, et traîtres à la patrie.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Dans un combat de discussions épineuses le peuple a tout à craindre des artifices de ses ennemis, et il n’a rien à espérer de ses forces, de son courage, de son audace ; il sera pris au piège s’il ne l’aperçoit ; il lui faut donc des hommes versés dans la politique, qui veillent jour et nuit à ses intérêts, à la défense de ses droits, au soin de son salut ; je lui consacrerai tous mes instants.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;En combattant contre les ennemis de l’Etat j’attaquerai sans ménagement les fripons, je démasquerai les hypocrites, je dénoncerai les traîtres ; j’écarterai des affaires publiques les hommes avides qui spéculent sur leur faux zèle ; les lâches et les ineptes, incapables de servir la patrie ; les hommes suspects, en qui elle ne peut prendre aucune confiance. Quelque sévère que soit ma plume, elle ne sera redoutable qu’aux vices, et, à l’égard même des scélérats, elle respectera la vérité ; si elle s’en écarte un instant pour blesser l’innocence, qu’on punisse le téméraire, il est sous la main de la loi.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Je sais ce que je dois attendre de la foule des méchawnts que je vais soulever contre moi : mais la crainte ne peut rien sur mon âme, je me dévoue à la patrie, et suis prêt à verser pour elle tout mon sang.&lt;/p&gt;</content><author><name>Jean-Paul Marat</name></author><category term="liberty" /><summary type="html">On m’écrit de tous côtés que cette feuille cause beaucoup de scandale ; les ennemis de la patrie crient au blasphème ; et les citoyens timides qui n’éprouvèrent jamais ni les élans de l’amour de la liberté, ni le délire de la vertu, pâlissent à sa lecture. On convient que j’ai raison d’attaquer la faction corrompue qui domine dans l’Assemblée nationale, mais on voudrait que ce fût avec modération : c’est faire procès à un soldat de se battre en désespéré contre de perfides ennemis.</summary></entry><entry><title type="html">Discours au peuple</title><link href="http://marat.john-coene.com/liberty/1790/07/03/discours.html" rel="alternate" type="text/html" title="Discours au peuple" /><published>1790-07-03T00:00:00+00:00</published><updated>1790-07-03T00:00:00+00:00</updated><id>http://marat.john-coene.com/liberty/1790/07/03/discours</id><content type="html" xml:base="http://marat.john-coene.com/liberty/1790/07/03/discours.html">&lt;p&gt;O Français ! peuple libre et frivole, ne pressentirez-vous donc jamais les malheurs qui vous menacent, vous endormirez-vous donc toujours sur le bord de l’abîme ?&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Grâce au peu de vues de ceux qui tenaient les rênes du gouvernement, à la lâcheté des ennemis de l’Etat, à un concours d’événements inattendus, vous avez rompu vos fers, vous avez les armes à la main. Mais au lieu de poursuivre sans relâche le châtiment des ennemis publics, vous vous êtes livrés au manège des hommes faibles ou corrompus qui s’efforçaient de les soustraire à votre juste vengeance, de les rappeler au milieu de vous, et vous avez laissé échapper ces coupables victimes.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Au lieu de sentir que votre indépendance actuelle est l’ouvrage des conjectures, vous en faites honneur à votre sagesse, à votre courage ; la vanité vous aveugle, et dans l’ivresse d’un faux triomphe, vous laissez vos perfides ennemis renouer tranquillement les fils de leur trame odieuse.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Au lieu de vous dévouer généreusement à la patrie, vous avez fait un objet de lucre des minces services que vous lui rendez ; vous ne semblez même vous disputer l’honneur de la servir que pour achever de la dépouiller.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Au lieu de choisir pour vos chefs des hommes indépendants, distingués pour leurs principes, leurs lumières et leurs vertus publiques, vous vous abandonnez aux premiers venus ; vous appelez à des places de confiance des hommes peu versés dans les affaires, des hommes pensionnés par le prince, des hommes qui ne subsistent que de ses largesses. Comment de pareils citoyens oseraient-ils élever la voix contre l’injuste autorité d’un maître ou, plutôt à quel titre compteriez-vous sur leur fidélité ? Le dirai-je ? Vous vous êtes montrés si peu jaloux du choix de vos mandataires que dans vos comités municipaux sont des hommes nourris des maximes de la robe et de la cour ; mais ce que la postérité refusera de croire, c’est que dans l’assemblée même de vos represewntants, où l’on ne devrait compter que des sages, se trouvent des hommes qui n’avaient d’autres titres auprès de vous que d’avoir bonne table, et qui pis est, des hommes peu recommandables par leurs sentiments, des hommes peu honorés par l’opinion publique, des hommes enfin qui n’ont échappé à la loi que par un certificat d’imbécilité… O siècle ! ô moeurs !&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Peuple inconsidéré, livrez-vous à la joie, courez dans les temples, faites retentir les airs de vos chants de triomphe, et fatiguez le ciel de vos actions de grâces pour un bien dont vous ne jouissez pas. Vous n’avez plus de tyrans, mais vous éprouvez encore les effets de la tyrannie ; vous n’avez plus de maîtres, mais vous ressentez encore les maux de l’oppression ; vous ne tenez qu’un fantôme et vous êtes plus loin du bonheur que jamais. Hé ! de quoi vous applaudiriez vous ? D’un bout du royaume à l’autre, l’Etat est en travail et en convulsions ; vous êtes dans l’infortune, vos ateliers sont déserts, vos manufactures abandonnées, votre commerce est dans la stagnation, vos finances sont ruinées, vos troupes sont débandées ; vous vivez dans l’anarchie, et pour surcroît de calamité, c’est en vain que le ciel a eu pitié de vous. C’est en vain qu’il vous a ouvert les trésors de la fécondité. Vous n’avez échappé aux horreurs de la famine que pour éprouver la disette au sein même de l’abondance.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Encore, si vous touchiez au terme de vos maux ; mais ils ne feront qu’empirer. Les beaux jours fuient avec rapidité ; bientôt la rigueur de la saison ajoutera de nouveaux besoins à ceux qui vous consument ; le gain des ouvriers et des maîtres diminuant peu à peu avec la longueur des journées, ajoutera à la misère commune ; des légions de domestiques, mis sur le pavé, augmenteront la foule des indigents ; et l’affreux désespoir poussant au crime les malheureux qui manquent de tout et que la société abandonne, changera la capitale en un repaire de voleurs et d’assassins.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Quel sort vous attend ! Les ennemis cruels acharnés à votre perdre, ne cessent de vous tendre des pièges ; jour et nuit ils s’efforcent de vous entraîner dans tous les désordres, de vous accabler d’inquiétudes et d’alarmes, de vous fatiguer de votre indépendance, de vous faire sentir les maux de l’insubordination, de vous faire regretter l’esclavage et de vous réduire à chercher dans les bras d’un maître le repos, l’abondance et la paix.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Si du moins le Sénat national mettait fin à vos malheurs par la régénération du royaume. Mais, ô douleur ! depuis longtemps vos ennemis y siègent avec sécurité ; ils ont trouvé moyen de s’y faire des créatures, et de tourner contre vous vos propres défenseurs. La plupart de ses députés n’ayant à vous offrir qu’une fidélité incorruptible gardent le silence, tandis qu’une poignée d’orateurs ambitieux, verbeux et bruyants, consumant les jours en vains débats, tirent les affaires en longueur pour ne rien conclure, et semblent chercher à vous enlacer dans les liens d’une politique captieuse.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le voile enfin tombera… Déjà quelques provinces font éclater leur mécontentement ; l’Etat est sur le point d’être déchiré. La capitale, qui ne subsiste que par le luxe et les vices, pourra bien redemander un maître, et peut-être verrat-on quelques ambitieux prodiguer l’or pour se saisir des rênes flottantes du gouvernement. Mais les provinces, perdues pour le monarque, s’érigeront en républiques. S’il en conserve quelques-unes, il combattra bientôt pour conquérir les autres, et nous serons replongés, pendant une longue suite de siècles, dans les horreurs des guerres civiles qui desolèrent autrefois la France. O ma patrie ! à l’aspect des malheurs qui t’accablent et te menacent, mon coeur se fend de douleur, des larmes de sang coulent de mes yeux.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Cessons de nous plaindre : les maux cruels qui nous font gémir sont notre ouvrage, les fruits amers de notre dépravation. Qu’attendre d’un peuple d’égoïstes qui n’agissent que par des vues d’intérêt, qui ne consultent que leurs passions, et dont la vanité est l’unique mobile ? Ne nous abusons plus : une nation sans lumières, sans moeurs, sans vertus n’est pas faite pour la liberté. Elle peut bien rompre un moment ses lois, mais peut-elle éviter de les reprendre ? et si elle n’est pas enchaînée par la force, elle le sera infaillible ment par la fourbe.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Insensés que nous sommes, nous fermons l’oreille aux sages qui cherchent à nous réveiller de notre léthargie, et nous l’ouvrons aux fripons adroits qui cherchent à nous endormir. Ah ! s’il nous reste encore quelque espoir, sortons, sortons de notre fatale sécurité, découvrons l’abîme ouvert sous nos pas, mesurons-en la profondeur et travaillons à le combler avant qu’il nous ait engloutis.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Réfléchissons-y mûrement. Jamais la machine politique ne se remonte que par des secousses violentes, comme les airs ne se purifient que par des orages. Rassemblons-nous donc sur les places publiques, et avisons aux moyens de sauver l’Etat : mais hélas ! pourrions-nous les méconnaître encore ? La source de nos malheurs actuels, c’est que les conseils de ceux qui nous gouvernent sont et trop nombreux et trop dépourvus de sages ; les cohues ne servent qu’à jeter partout le désordre ; et les ambitieux, les vicieux, les sophistes soudoyés ne sont bons qu’à nous perdre. Portons enfin la cognée à la racine. - Le seul moyen de tarir la source de nos maux, c’est de purger nos comités des hommes dont les principes sont suspects ou dangereux, des hommes qui tiennent quelque place, quelque pension du Gouvernement. Requérons aussi le Sénat national de se purger lui-même : que son premier décret déclare inhabile à siéger tout homme qui tient quelque bienfait de la Cour, ou qui fait une spéculation de la gloire de servir la patrie ; que tout membre qui a une place ou une pension du Prince soit invité à les remettre ; que chacun s’engage d’honneur à ne recevoir aucune faveur de la Cour, que dix ans après l’expiration de la législature dont il fait partie. Si le Sénat refuse de se purger, que les pouvoirs des députés dans lesquels on ne peut plus prendre confiance, soient révoqués par leurs commettants, et qu’à leur place soient appelés des hommes d’un vrai mérite.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Les Etats actuels ont été formés sur les mauvais principes de la féodalité ; aujourd’hui qu’il n’y a plus dans le royaume qu’un seul ordre de citoyens, que la hiérarchie sacrée et la noblesse n’y siègent plus comme classes privilégiées, qu’on n’y admette que ceux d’entre eux qui ont fait preuve de zèle patriotique, et que l’assemblée nationale, réduite au quart, soit uniquement composée d’hommes éclairés et vertueux.&lt;/p&gt;</content><author><name>Jean-Paul Marat</name></author><category term="liberty" /><summary type="html">O Français ! peuple libre et frivole, ne pressentirez-vous donc jamais les malheurs qui vous menacent, vous endormirez-vous donc toujours sur le bord de l’abîme ?</summary></entry><entry><title type="html">Il faut creer un tribunal d’etat</title><link href="http://marat.john-coene.com/liberty/1789/10/04/state-tribunal.html" rel="alternate" type="text/html" title="Il faut creer un tribunal d'etat" /><published>1789-10-04T00:00:00+00:00</published><updated>1789-10-04T00:00:00+00:00</updated><id>http://marat.john-coene.com/liberty/1789/10/04/state-tribunal</id><content type="html" xml:base="http://marat.john-coene.com/liberty/1789/10/04/state-tribunal.html">&lt;p&gt;Loin de nous le dessein cruel de jeter le moindre doute surl’innocene de M. de la Salle ; les juges les plus sévères ne lui reprochent que d’avoir négligé une simple formalité. Mais tout en applaudissant à son triomphe, il nous paraît un peu étrange que les Etats Généraux se soient érigés en cour de justice pour l’absoudre. Cet acte d’autorité qui confond tous les pouvoirs en réunissant le judiciaire au législatif ne tendrait à rien moins qn’à rendre despotique l’Assemblée nationale ; car, si elle peut absoudre, elle peut condamner : dès lors, les citoyens ne seraient plus sous la sauvegarde de la loi ; livrés sans défense à la merei d’un comité de recherches, ils se verraient tôt ou tard sous le joug de leurs propres représentants.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Pour éviter ce malheur affreux où entraînerait nécessairement la confusion des pouvoirs, les Etats Généraux auraient dû ériger un tribunal pour connaître des crimes d’Etat, tribunal que le public réclame depuis longtemps …&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Je ne vois qu’un moyen de former un tribunal impartial et ferme qui ait la confiance publique et qui fasse parler la loi, c’est de le composer d’un membre de chaque district de la capitale, choisi par la voie du sort, et d’un président choisi par la voie du scrutin.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Ce tribunal commencerait à entrer en activité par l’instruction des procès des victimes de la populace effrénée, afin que leur mémoire fût flétrie ou réhabilitée suivant qu’ils seraient trouvés coupables ou innocents. Craindrions-nous de le dire ? Au milieu des cris d’indignation élevés de toutes parts contre les Launay, les Flesselles, les Foulon, les Berthier, se font entendre en faveur du chevalier du Pujet (massacré dans sa chambre après la prise de la Bastille) les regrets de mille honnêtes citoyens.&lt;/p&gt;</content><author><name>Jean-Paul Marat</name></author><category term="liberty" /><summary type="html">Loin de nous le dessein cruel de jeter le moindre doute surl’innocene de M. de la Salle ; les juges les plus sévères ne lui reprochent que d’avoir négligé une simple formalité. Mais tout en applaudissant à son triomphe, il nous paraît un peu étrange que les Etats Généraux se soient érigés en cour de justice pour l’absoudre. Cet acte d’autorité qui confond tous les pouvoirs en réunissant le judiciaire au législatif ne tendrait à rien moins qn’à rendre despotique l’Assemblée nationale ; car, si elle peut absoudre, elle peut condamner : dès lors, les citoyens ne seraient plus sous la sauvegarde de la loi ; livrés sans défense à la merei d’un comité de recherches, ils se verraient tôt ou tard sous le joug de leurs propres représentants.</summary></entry><entry><title type="html">Dénonciation contre Necker</title><link href="http://marat.john-coene.com/terror/1789/10/03/necker.html" rel="alternate" type="text/html" title="Dénonciation contre Necker" /><published>1789-10-03T00:00:00+00:00</published><updated>1789-10-03T00:00:00+00:00</updated><id>http://marat.john-coene.com/terror/1789/10/03/necker</id><content type="html" xml:base="http://marat.john-coene.com/terror/1789/10/03/necker.html">&lt;p&gt;Depuis que j’ai dénoncé M. Necker, le public est inondé d’une foule d’écrits où le premier ministre des finances est flagorné, et où je suis impitoyablement déchiré par des vendeurs d’injures et de calomnies. Dans une guerre de ce genre, on sent trop le prodigieux avantage que doit avoir contre un homme réduit à travailler pour vivre, un homme qui a l’autorité en main, qui peut donner des places et qui dispose d’une fortune de 14 à 15 millions.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Quoi qu’il en soit, mes principes sont connus, mes moeurs sont connues, mon genre de vie est connu : ainsi je ne m’obstinerai point à combattre de lâches assassins qui s’enfoncent dans les ténèbres pour me poignarder. Que l’honnête homme qui a quelque reproche à me faire se montre, et si jamais j’ai manqué aux lois de la plus austère vertu, je le prie de publier les preuves de mon déshonneur. Je terminerais ici cet article, s’il n’importait à la cause de la liberté que le publie ne soit pas la dupe des artifices employés pour le prévenir défavorablement contre son incorruptible défenseur.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Comme ma plume a fait quelque sensation, les ennemis publics, qui sont les miens, ont répandu dans le monde qu’elle était vendue : ce qui, d’après le caractère connu des gens de lettres du siècle, n’était pas difficile à persuader à qui ne m’a point lu. Mais il suffit de jeter les yeux sur mes écrits pour s’assurer que je suis peut-être le seul auteur depuis Rousseau qui dût être à l’abri du soupcon. Et à qui, de grâce, serais-je vendu ? Est-ce à l’Assemblée nationale, contre laquelle je me suis élevé tant de fois, dont j’ai attaqué plusieurs décrets funestes, et que j’ai si souvent rappelée à ses devoirs ? Est-ce à la couronne, dont j’ai toujours attaqué les odieuses usurpations, les redoutables prérogatives ? Est-ce au ministère que j’ai toujours donné pour l’éternel ennemi des peuples, et dont j’ai dénoncé les membres comme traîtres à la patrie ? Est-ce aux princes, dont j’ai demandé que le faste scandaleux fût réprimé, les dépenses bornées au simple revenu des apanages, et dont je demande que le procès soit fait aux coupables ? Est-ce au clergé, dont je n’ai cessé d’attaquer les débordements, les prétentions ridicules, et dont j’ai demandé que les biens fussent restitués aux pauvres ? Est-ce à la noblesse dont j’ai frondé les in- justes prétentions, attaqué les privilèges iniques, dévoilé les perfides desseins ? Est-ce aux parlements, dont j’ai relevé les projets ambitieux, les dangereuses maximes, les abus révoltants, et dont j’ai demandé la suppression ? Est-ce aux financiers, aux déprédateurs, aux concessionnaires, aux sangsues de l’Etat, à qui j’ai demandé que la nation fit rendre gorge ? Est-ce aux capitalistes, aux banquiers, aux agioteurs, que j’ai poursuivis comnne des pestes publiques ? Est-ce à la municipalité, dont j’ai découvert les vues secrètes, dévoilé les desseins dangereux, dénoncé les attentats, et qui m’a fait arrêter ? Est-ce aux districts, dont j’ai attaqué l’alarmante composition et proposé le besoin de réforme ? Est-ce à la milice nationale dont j’ai attaqué les sots procédés et la sotte confiance dans des chefs suspects ? - Reste donc le peuple, dont j’ai constamment defendu les droits et pour lequel mon zèle n’a point eu de bornes. Mais le peuple n’achète personne ; et puis pourquoi m’acheter ? Je lui suis tout acquis, me fera-t on un crime de m’être donné ?&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Si ces ennemis qui cherchent à me perdre avaient quelque jugement, ils sentiraient que leurs coups seront toujours sans effet, tant qu’ils ne saisiront pas le défaut de la cuirasse. Ainsi, au lieu de frapper en aveugle, que ne cherchentils mes faiblesses, que n’épient-ils mes ridicules, pour me peindre d’après moi ? Ils ont besoin d’aide, je vais leur en donner.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Depuis longues années, mes amis, témoins de mon insouciance sur l’avenir, me reprochent d’être un animal indécrottable ; peut-être n’ont-ils pas tort ; mais ce défaut n’est pas, je crois, celui d’un complaisant prêt à se vendre. Depuis longues années, mes voisins, qui voient que je me refuse le nécessaire pour faire construire des instruments de physique, me regardent comme un original inconcevable ; peut-être n’ont-ils pas tort : mais ce défaut n’est pas, je crois, celui des intrigants qui cherchent à se vendre.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Il y a dix mois que je sers la patrie nuit et jour ; mais je n’ai voulu prendre aucune part à la gestion des affaires publiques. Je me suis montré dès le premier instant d’alarme, et je n’ai consulté que mon coeur pour partager les périls communs. Depuis le mardi soir, jour de la prise de la Bastille, jusqu’au vendredi soir, je n’ai pas désemparé du comité des Carmes dont j’étais membre. Obligé de prendre enfin quelque repos, je n’y reparus que le dimanche matin. Le danger n’était plus imminent, et je voyais les choses un peu plus de sang-froid. Quelque importantes que me parussent les occupations d’un commissaire de district, je sentais qu’elles ne convenaient nullement à mon caractère, moi qui ne voudrais pas de la place de premier ministre des finances, pas même pour m’empêcher de mourir de faim. Je proposai donc au comité d’avoir une presse, et de trouver bon que, sous ses auspices, je servisse la patrie en rédigeant l’historique de la révolution, en préparant le plan de l’organisation des municipalités, en suivant le travail des Etats Généraux. Cette proposition ne fut pas du goût de la majorité, je me le tins pour dit ; et, pénétré de ma parfaite inaptitude à toute autre chose, je me retirai. Aux yeux de tant d’honnêtes citoyens qui font une spéculation de l’honneur de servir la patrie, ma retraite doit paraître pure stupidité, je le sais ; mais ma proposition n’etait pas celle d’un homme dont la plume est à vendre.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le plan que j’avais proposé au comité des Carmes, je l’ai exécuté dans mon cabinet et à mes dépens. Mes amis ont fait le diable pour m’empêcher d’écrire sur les affaires actuelles ; je les ai laissés crier et n’ai pas craint de les perdre. Enfin je n’ai pas craint de mettre contre moi le gouvernement, les princes, le clergé, la noblesse, les parlements, les districts mal composés, l’état-major de la garde soldée, les conseillers des cours de judicature, les avocats, les procureurs, les financiers, les agioteurs, les déprédateurs, les sangsues de l’Etat et l’armée innombrable des ennemis publics. Serait-ce donc là le plan d’un homme qui cherche à se vendre ?&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Hé ! pour qui me suis-je fait ces nuées de mortels ennemis ? Pour le peuple, ce pauvre peuple épuisé de misère, toujours vexé, toujours foulé, toujours opprimé, et qui n’eut jamais à donner ni places ni pensions. C’est pour avoir épousé sa cause que je suis en butte aux traits des méchants qui me persécutent, que je suis dans les liens d’un décret de prise de corps, comme un malfaiteur. Mais je n’éprouve aucun regret ; ce que j’ai fait, je le ferais encore, si j’étais à recommencer. Hommes vils, qui ne connaissez d’autres passions dans la vie que l’or, ne me demandez pas quel intérêt me pressait ; j’ai vengé l’humanité ; je laisserai un nom, et le vôtre est fait pour périr.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Les folliculaires qui se prêtent à me diffamer ne sont pas tous des scélérats consommés, je veux le croire ; qu’ils rentrent donc en eux-mêmes un instant, ils rougiront de leur bassesse. Je ne les accablerai point d’injures, je ne leur ferai point de reproches ; mais s’il en est un seul qui doute encore que ma plume n’est conduite que par mon coeur, qu’il vienne me voir dîner.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Enfin, aurais-je besoin de me vendre pour avoir de l’argent ? J’ai un état qui m’en a donné et qui m’en donnera encore, dès que je me résoudrai à renoncer au cabinet. Je n’ai même que faire de renoncer au cabinet, je n’ai besoin que de ma plume. Aux précautions infinies que prennent les ennemis de l’Etat pour empêcher mes écrits de voir le jour, mes diffamateurs peuvent s’assurer que je ne manquerai pas de lecteurs. L’Ami du peuple aurait été, dans leurs mains, une source abondante ; dans les miennes, cette source est restée stérile ; j’ai abandonné les trois quarts du profit aux libraires chargés de m’épargner les embarras de l’impression et de la distribution, à la charge que chaque numéro sera livré à un sou aux colporteurs.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Je me flatte d’en avoir assez dit pour dégoûter les échos de cette calomnie, la seule qui pût porter coup à la cause que je défends. Quant aux autres, je laisse libre carrière à mes diffamateurs, et je ne perdrai pas, à les confondre, un temps que je dois à la patrie.&lt;/p&gt;</content><author><name>Jean-Paul Marat</name></author><category term="Terror" /><summary type="html">Depuis que j’ai dénoncé M. Necker, le public est inondé d’une foule d’écrits où le premier ministre des finances est flagorné, et où je suis impitoyablement déchiré par des vendeurs d’injures et de calomnies. Dans une guerre de ce genre, on sent trop le prodigieux avantage que doit avoir contre un homme réduit à travailler pour vivre, un homme qui a l’autorité en main, qui peut donner des places et qui dispose d’une fortune de 14 à 15 millions.</summary></entry></feed>